eglise vieux bourg img153Les travaux d'aménagement du Vieux-Bourg de Commentry et de sa petit place, sont l'occasion de revenir aux sources de notre ville. C'est-à-dire, à ses origines. 

"Jusqu’à l’époque de la Révolution Industrielle et avant que la charbon ne servit à produire le cheval-vapeur et que sa conjonction avec le minerai de fer n'ouvrit la voie à la sidérurgie, Commentry était une petite commune rurale, ignorée dans son pays Bourbonnais même." expliquait Georges Rougeron, Sénateur-Maire de la citée des forgerons.

Sa population et les activités agraires qui en découlaient, se concentraient autour ce que l’on appelle aujourd’hui le Vieux Bourg et de son édifice principal qu’était l’église, dédiée à Saint-Front, saint itinérant d’origine périgourdine, qui aurait emprunté la vieille voie venant d’Evaux. Selon la légende, il aurait à cette occasion, fait jaillir une fontaine, disparue depuis et censée soulager des maux de tête.

Dans les Annales Bourbonnaises, Émile MÂLE, Académicien, spécialiste de l’art chrétien médiéval, qui a légué de nombreuses monographies sur les églises et cathédrales de France, fait une description tout à la fois poétique et sociologique de Saint-Front et son bourg :

« Un autre endroit qu’il convient de ne pas oublier, c’est le vieux Commentry, qui se trouve à quelque distance de la ville nouvelle et qu’on appelle le Petit-Bourg.

Son église fut longtemps l’unique église de Commentry et l’on se souvient encore des temps héroïques, où on allait à la messe au Petit-Bourg, en passant la rivière sur une planche branlante. Cette église est ancienne et pieusement tournée vers l’Occident, comme le veut la liturgie, mais elle n’a d’intérêt véritable que pour les fils de ce vieux sol, qui savent que leurs plus lointains ancêtres reposent auprès d’elle. La place qui précède l’église est encore ombragée de quelques grands arbres.

Quels beaux branles ont été dansés là à travers les âges et quelles belles bourrées y jouèrent les anciens cornemuseux de notre pays qui firent, comme l’a si bien prouvé George SAND, de si fiers musiciens.

On dansait là, « sous l’arbre », comme dit la chanson, tout près des vieux morts qui ne s’en fâchaient point.
Quels magnifiques horizons furent encore échangés sur cette place, entre les gars de Commentry et ceux de Durdat ou de Malicorne, qui, les jours d’apports, ne manquaient jamais de provoquer noblement, tantôt une fille, comme les héros d’Homère, et tantôt pour le plaisir, comme ces rudes paysans chevelus, qui portaient des tresses par devant à la mode celtique.

C’est sur cette place encore que le curé, le jour de la fête patronale, vendait aux enchères la statue du saint. On l’adjugeait au plus offrant, qui s’acquérait ainsi un grand renom de magnificence dans les paroisses. Il emportait chez lui pendant quelques heures le bon vieux saint de bois peint, pour qu’un tel hôte portait bonheur à toute la maison. »

St FrontMais revenons-en à l’église. De style roman, ce lieu de culte, élevé et confirmé en 1152 par Eugène III, appartenait alors au Monastère de Souvigny, avant de dépendre du prieur de Colombier. Extrêmement remaniée, transformée au XVIII ème siècle, il ne subsiste actuellement plus rien de son état primitif, autrement que l’abside à chevet plat, couverte d’un berceau brisé. Elle est malheureusement fermée.

Au XIXème siècle, Commentry se créait de toute pièce, grandissant à la manière des villes américaines, au temps pionniers, afin de satisfaire aux impératifs nouveaux pour elle, de sa vocation industrielle. Si bien que son essor devait la propulser au rang de la troisième ville la plus importante de l’Allier, par sa population croissante notamment. de 498 habitants en 1800, il fallait en compter 12978 en 1876.

Ce nouveau statut agglomération urbaine ne permit plus à l’église Saint-Front et au Clergé d’assurer dans de bonnes conditions, l’exercice du culte catholique. Sa capacité, rapidement jugée insuffisante, conduisait les pratiquants à se tenir sur les parvis pour suivre la messe, sans pouvoir l’entendre convenablement. Aussi, les autorités ecclésiastiques décidèrent t-elles d’en construire une autre, au coeur de la nouvelle cité.

A suivre