StruthofLe quotidien régional de ce vendredi 21 septembre rapporte le procès d’un négationniste demeurant dans le département, qui se déroulait au tribunal de Cusset hier, pour contestation de l’existence d’un crime contre l’humanité. A savoir, la négation de l’existence des chambres à gaz au camp de concentration de Natzweiler-Struthof (Alsace). Je n’ai pas pour habitude de commenter les décisions de justice ni même de faire valoir non seulement mon histoire familiale ou mon engagement habituellement dans ce genre de dossier. Mais les propos et les faits sont trop graves pour ne pas les dénoncer, même en l’attente d’une décision de justice qui sera rendue le 25 octobre prochain.

Pourquoi le faire alors ? D’abord, se taire, c’est accepter l’inacceptable. Je ne qualifierai son auteur pour ne pas troubler ce dossier judiciaire ni même pour lui faire une quelconque publicité, mais me contenterai de rappeler l’essentiel :
  • Sur les lieux historiques : j’ai moi même visité ce camp à 2 reprises il y a à peine 10 ans, y compris la chambre à gaz qui exista bien hélas, durant la Seconde Guerre mondiale dans le camp de concentration où ont été emprisonnées plus 53000 personnes et où plus de 22000 y sont décédées du fait des conditions inhumaines de travail et de détention, de la malnutrition, des sévices des kapos et des SS ainsi que les nombreuses exécutions par balle ou pendaison. La chambre à gaz a été construite début août 1943 en contrebas du camp et a été utilisée du 11 au 19 août 1943 pour l'exécution de détenus juifs : 57 hommes et 30 femmes, internés à Auschwitz, sont envoyés au camp du Struthof pour y être assassinés avec des sels cyanhydriques. Ce sur quoi les historiens et les auteurs s’accordent. Mais aussi les documents d’archives.

 

  • Sur le plan politique : notre ancien Député-Maire de Commentry, Isidore Thivrier, résistant, refusant les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 40 à Vichy avec Blum et Dormoy, refusant d’être nommé à la délégation spéciale municipale, résistant dénoncé, est arrêté le 7 octobre 1943. Embarqué dans le convoi N° I.202 il fait partie des 62 hommes qui sont déportés "NN" de Paris Gare de l'Est au camp de concentration du Struthof près de Natzweiler où il arrive en avril 1944. Atteint, selon le bulletin médical allemand retrouvé dans les archives du camp, de tuberculose et d'angine de poitrine il y décède le 5 mai 1944 selon l'état civil de Commentry et le JO N° 202 du 1er septembre 2000. Le 6 mai 1946, le Maréchal Montgomery attribue un certificat de service «au volontaire des Nations Unies», Isidore THIVRIER, mort pour la libération de l'Europe. En 1947, la Médaille de la Résistance lui est décernée à titre posthume. J’ajoute que c’est pour combattre ce négationnisme et rappeler l’histoire de nos déportés que nous organisons avec notre section chaque année, une cérémonie du souvenir le jour dit, chaque dernier dimanche d’avril. Non pas pour nous faire plaisir. Non pas pour et comme je l’ai entendu dire de bouches insensées, avoir le plaisir de “déposer des gerbes un peu partout” mais parce que dans notre République, les symboles comptent tout autant que les actes. L’histoire oblige autant que la mémoire.

 

  • Sur le plan personnel : arrière petit fils de Résistant interné à Compiègne, ces propos me sont insupportables et montent au point de me donner la nausée. La même mêlée à la tristesse et à l’incompréhension ressenties lors de mes visites au camp : “comment a t-on pu faire ça”. Tel Monod, je “m’interroge et je cherche à comprendre”.
En conclusion, ce négationnisme rappelle combien il est un sentiment puissant de haine, d’ignorance volontaire contre lesquelles nous devons nous battre sans relâche pour éviter que les vieux démons ressurgissent. Plus qu’à ce personnage sans intérêt, je pense à ses femmes et ses hommes morts en Alsace comme à tous nos déportés, relisant Paul Eluard qui disait si justement d'eux : Si l'écho de leur voix faiblit, nous périrons.”
C.D.