jeudi 3 mai 2018

QUE RESTE T-IL DE MAI 68 ?

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François Mitterrand[1] évoquait les “zozos”, “jeunes bourgeois catholiques révoltés contre l’hypocrisie de leurs parents”. Pierre Mendès France souhaitait s’emparer du pouvoir. Daniel Cohn-Bendit montait sur les barricades[2]. Le Général de Gaulle s’envolait pour Baden-Baden, laissant son Premier ministre Georges Pompidou tout à fait stupéfié[3]. Plus tard, Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, voulut “en liquider l’héritage”[4]. Aujourd’hui à la tête de l’Etat, Emmanuel Macron s’interroge sur sa célébration...

 

50 ans après, que reste t-il de Mai 1968, de ce vaste mouvement enclenché par une jeunesse étudiante parisienne qui propagea sa révolte au monde ouvrier puis dans le pays tout entier au point de le paralyser ?

 

D’abord considéré comme le plus vaste mouvement social de l’histoire de France au XXème siècle, Mai 1968 apparaît davantage aujourd’hui, comme une rupture fondamentale, annonçant l’avènement d’une société post-moderne.

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Bien sûr, ce mouvement qui débuta le 22 mars par l’occupation de la tour administrative de la faculté de Nanterre se voulait l’expression immédiate d’un anti-gaullisme appuyé d’une volonté spontanée anti-autoritaire. Mais pas seulement.

Ce sera le révélateur d’une “France qui s’ennuie[5] comme l’écrivait Pierre Viansson-Ponté, éditorialiste au quotidien Le Monde, reprenant le constat de Lamartine peu avant 1848. D’une France qui après la Révolution de 1789 et le Front Populaire de 1936, aspirait à remettre en cause la société dans son ensemble. D’une France faite alors de 800.000 personnes, manifestant de la Gare de l’Est à la place Denfert-Rochereau à Paris, de 10 millions de grévistes, d’universités transformées en forums permanents[6]. D’une France livrée à la “chienlit et au grand désordre” selon les opposants ou aux matraques des CRS, selon les manifestants.

 

Mais au soir 30 juin 1968 et de la victoire écrasante de l’UNR gaulliste à l’Assemblée Nationale, dissoute quelques semaines auparavant, le joli mois de mai s’évanouissait. Après les accords de Grenelle, répondant aux revendications syndicales, la France des Trentes-Glorieuses recouvrait calme et prospérité. L’ordre l’emportait sur les libertés.

 

Est-ce à dire que Mai 1968 fut un échec ? Chacun peut s’en faire sa propre opinion. Mais on ne peut pour autant éluder les mutations culturelles, sociales et politiques que Mai 68 a pu engendrer. Notamment le refus d’une société capitaliste et consumériste.

En fait, les conséquences positives de Mai 68 n’eurent pas de révélations immédiates. Désordonné et parfois, avouons le, excessif, Mai 68 fit avancer les mentalités archaïques dans bien des domaines que ne pouvait satisfaire l’expansion économique : l’écologie, le féminisme, le régionalisme, le refus du racisme...Autant de thèmes que la gauche française a su, bien plus tard, intégrer à sa pensée politique, pour “changer la vie”.

Voilà pour un aperçu synthétique de Paris et du pays en général. Dans le département de l’Allier, la protestation s’éleva par l’appel à la grève générale des syndicats le 14 mai 1968[7], publié dans le quotidien Le Centre Matin du 13 mai, en solidarité avec les étudiants parisiens.

 

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A Moulins, les élèves de l’Ecole Normale, à la pointe du mouvement, soutenus par les organisations politiques et syndicales, partaient de la place de Lattre de Tassigny pour se rendre en cortège à la Préfecture, où au nom de la Fédération de l’Education Nationale (FEN), un orateur condamnait les violences policières, tandis que les transports et usines cessaient toute activité[8].

 

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A Montluçon, la contestation vient d’abord des cheminots et des ouvriers de l’usine Dunlop. Dans leur sillages, les employés de EDF-GDF et des PTT devaient les rejoindre dans la lutte, puis les lycéens. Place Jean Dormoy, 5000 manifestants rejoignaient la Sous-Préfecture, portant une liste de revendications : libération des étudiants emprisonnés, cessation des poursuites, amnistie générale, retrait des forces de police, réouverture et réforme démocratique des universités.

 

A Vichy, la manifestation comportait un défilé en ville mais de bien moins grande ampleur que dans les deux autres ; le cortège ayant été constitué de salariés en provenance des entreprises périphériques.

 

Mai 68 s’acheva dans l’Allier pareillement à Paris, par un soutien au Général de Gaulle où sur les Champs-Elysées, des milliers de manifestants voulurent en finir avec ce mouvement.


[1] Libération, “Spécial Mai-68”, 28 mai 1998

[2] Daniel, Gabriel Cohn-Bendit, Le Gauchisme remède à la maladie sénile du communisme, Paris, Seuil, 1968.

[3] CLERC, Christine, “tout est fichu Georges”, les coups de blues du Général, avril 2014, Edition Albin Michel, Paris

[4] Le Figaro, 4 mai 2008

[5] Editoral de Pierre Viansson-Ponté, Le Monde, 15 mars 1968

[6] SEVILLA, Jean, Histoire passionnée de la France, p.478, Editions Perrin, 2014, Paris.

[7] Centre Matin, 13 mai 1968.

[8] TOURET, (André), Destins d’Allier - 1945-2000, Editions Créer, Cahors, 2005.

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mercredi 2 mai 2018

La Montagne mercredi 2 mai - Commentry - devoir de mémoire

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mardi 1 mai 2018

Bérégovoy : l'hommage du PS à un homme de bien.

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Le mois de Mai a cette année, une toute autre tonalité politique, en la perspective du 25ème anniversaire de la disparition de Pierre Bérégovoy. Il mêle la grandeur et le souvenir. Grandeur d’un destin. Souvenir d’une injustice faite à un homme de bien. La section socialiste de Commentry a tenu à lui rendre hommage ce mardi 1er mai 2018, place Pierre Bérégovoy, par un dépot de gerbe et l'allocution de son secrétaire Cyrille Darrigade.

 

Fils d’immigrés urkrainiens installés en France après la Révolution d’Octobre, Pierre Bérégovoy revendiquait ses origines ouvrières, les portant comme une fierté, où le travail, l’honnêteté et la persévérance firent de lui, d’abord un ajusteur technique, titulaire d’un CAP en ce domaine. De cours du soir en examen professionnel, il se forgea une bien belle destinée, de la SNCF à Gaz de France, gravissant une après l’autre, les marches de l’échelle sociale, sans jamais trébucher.

 

De son milieu, étaient nées ses convictions républicaines et politiques. Son engagement dans la Résistance, dans syndicalisme puis au Parti Socialiste sonnaient en écho logique des causes qui furent les siennes, un demi-siècle durant.

 

Formé à l’école de Pierre Mendès France, il prêta son talent au Parti, avant d’entrer au secrétariat de la Présidence de François Mitterrand, puis d’être nommé Ministre des Affaires Sociales, Ministre de l’Economie des Finances, pour finalement être le Chef du Gouvernement, sous le second septennat. Partisan de l’économie de marché à condition qu’elle assure la redistribution et la justice sociale, Pierre Bérégovoy a voulu inscrire son action, entre “le besoin de concilier les obligations du réel et les aspirations de l’idéal”, restant toujours fidèle à l’enseignement de Jaurès.

 

Arrivé à Matignon dans un contexte économique difficile, il engagea de nombreuses mesures sociales : loi contre la pauvreté et l'exclusion sociale et professionnelle, accès à une fourniture minimum d'eau et d'énergie, aide médicale. Il fit également voter une loi sur l'élimination des déchets et la protection de l'environnement.

 

Voyant le monde changer de dimension tout en appelant à une solidarité entre les pays, Pierre Bérégovoy aimait à penser que l’Europe devait se construire par “un patriotisme de mouvement et d’ouverture, sans se réfugier dans le passé”. Il voulait susciter “un espace à la dimension du monde nouveau”. Cet espace, ce fut et c’est encore l’Union européenne.

 

Elu maire de Nevers en 1983, puis député, la ville de la Nièvre lui doit notamment l’implantation du circuit de Magny-Cours et l’Institut Supérieur de l'Automobile et des Transports, pour ne citer que les réalisations fixées dans la mémoire collective.

 

Alors qu’il avait fait de sa priorité, la lutte contre la corruption, il est violemment mis en accusation pour un prêt sans intérêts, à la force d’ une campagne acharnée d’une partie des médias et de ceux qui en pareille circonstance, hurlent avec la meute. Il en souffrira comme on souffre d’une injustice que l’on ne peut vaincre.

 

Après une campagne difficile, les élections législatives de mars 1993 ne firent pas mentir les pronostic. L'ampleur de la défaite socialiste demeurait importante.

 

Pierre Bérégovoy, acculé par les accusations publiques qui accablaient sans répit sa probité personnelle, encaissa un second choc dont il se jugea responsable, nonobstant sa réélection comme député de la Nièvre. 3 millions de chômeurs, une montée de l'exclusion sociale, une conjoncture morose, l'usure de la gauche au pouvoir...vinrent l’enfermer en lui-même, comme muré dans ses propres reproches. Ignoré politiquement par une partie des siens, certains lui reprochent même leur propre déroute électorale.

 

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Parce qu’il y a “des mots, des caricatures, des images qui ont la puissance des balles”, le 1er mai 1993, en fin d’après-midi, Pierre Bérégovoy cheminait sur les bords du canal de Sermoise-sur-Loire, “à ne plus pouvoir se plaindre, à ne plus pouvoir crier”. Plutôt que de subir l’affront du doute, la salissure dont on accablait un homme d’Etat capable et un citoyen honnête, il marcha au bout de sa vie.

 

«Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme et finalement sa vie, au prix d’un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d’entre nous», déclara le président François Mitterrand lors de ses obsèques, le 4 mai 1993 à Nevers.


25 ans ont passé. Les frondaisons, la lumière du printemps triomphant et le reflet vert bleuté du canal rappellent, par une stèle de granit rose,  qu’« ici le 1er mai 1993, un Juste a retrouvé la Paix, dans la nuit de ce monde, le Juste brillera ». Puissions-nous entendre ce message et le méditer.

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1er mai socialiste à Commentry

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Ceux qui vivent, sont ceux qui luttent” déclarait Victor HUGO. Et c’est à l’exemple même de sa pugnacité que le peuple de la mine et de l’usine s’est rassemblé ici au lendemain de la révolution industrielle pour réclamer le temps de vivre.

 

Dans leur vie de labeur, ils étaient les oubliés du partage. Mais il fallait qu’un homme se lève encore plus fort qu’eux, pour réclamer le pain et la dignité, le droit de grève. Cet homme, ce fut Christophe THIVRIER. Il ouvrait la voie au socialisme le 4 juin 1882 à Commentry, en entrant à la mairie. La 1ère acquise au monde.

 

Mais pouvait-on se satisfaire d’une conquête politique locale lorsque tout le pays, marqué par le conservatisme bourgeois et l’oppression, inspirait à plus de justice sociale ? Au terme d’une campagne législative à la force de sa conviction et de ses jambes, logeant chez l’habitant, dormant dans une étable ou une mansarde, Christou allait devenir le Député à la Blouse en 1889.

 

Siégeant dans ce que l’on appelait la “fournaise”, c’est à dire la gauche révolutionnaire, il fut aussi celui qui le 1er mai 1890, alla porter à la questure de l’Assemblée Nationale, les doléances ouvrières, réclamant que ce jour soit férié. Jaurès qu’il côtoya brièvement, disait de lui qu’il respirait “la bonne âme du peuple”.

 

Lui qui dès l’âge de 13 ans, travailla dans les mines, puis ouvrier en bâtiment, huillier, avant d’ouvrir sa boulangerie où la Marianne, société secrète qui tentait d'unifier les revendications ouvrières dans l'illégalité, se réunissait derrière son four. Il y faisait tellement chaud que le mot d’ordre pour s’y réunir peut encore prêter à rire. Ses initiés déclaraient :

“ce soir, retrouvons nous en Afrique”. Et enfin marchand de vin ; tous ses métiers servant à se défaire de l'emprise du patronat et de la compagnie des mines qui tentait de faire taire le mouvement ouvrier.

 

Mais l’admirable lutteur, complice de Jean Dormoy dans la lutte syndicale et politique devait s’éteindre, fatigué des combats en 1895. Tel un Général d’Empire, Thivrier, aurait pu dire : “voici mes fils”...Déjà, ils allaient prendre la suite, à la mairie, au Conseil général, à l’Assemblée Nationale…

 

Thivrier, ce n’est pas qu’une légende. C’est une fidélité aux idées et aux combats fondateurs du socialisme. François Mitterrand en 1972 puis Pierre Mauroy, dix ans plus tard, vinrent saluer le grand homme.

 

008Dans une période où notre Parti se cherche et doit se rassembler, son parcours illustre combien nous devons être les enfants d’une gauche qui n’hésite pas. D’une gauche qui ne se contente pas d’accompagner le réel mais qui lutte pour le transformer.

 

Dans une période où notre pays connaît à la fois, de nombreuses régressions, où la casse sociale et celle des acquis est méthodiquement organisé par le “Président des riches”, clairement de droite, la pugnacité et la force de conviction de Thivrier doivent nous inspirer et se traduire par l’action résolue.

 

Enfin, Christophe Thivrier, c’est aussi notre section qui a choisi de se dénommer ainsi. Section historique, la plus ancienne de ce département qui mérite respect et considération. Elle a telle une vieille dame, l’expérience des luttes forgée par l’exercice du pouvoir. Elle a aussi le tempérament et la fougue de la jeunesse pour résister à toutes les épreuves ; elle a su le prouver dernièrement.

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dimanche 29 avril 2018

Journée du souvenir de la déportation

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Ce dimanche 29 avril 2018, la section socialiste de Commentry/Montmarault célébrait la journée du souvenir des victimes et héros de la déportation qui rappelle le sacrifice de millions de femmes, d’hommes et d’enfants qui ont péri dans l’enfer concentrationnaire nazi. Elle oblige à un devoir de mémoire, à nous incliner respectueusement devant celles et ceux qui sont tombés.
Il y eut les victimes. Celles d’un système politique inqualifiable orchestré par Hitler avec la complicité du régime collaborationniste de Pétain en France, ses lois antisémites, sa répression politique, partageant la supériorité d’une race contre d’autres.
Il y eut les héros, connus ou anonymes qui luttèrent durant la Seconde Guerre mondiale. Ils ont soulagé, sauvé, réparé des vies et lutté contre une impitoyable machine à déshumaniser, au service d’une idéologie sanguinaire.
En évoquant la mémoire des victimes et des héros de la déportation, rendons hommage aux armées alliées, aux forces de la résistance, à tous les résistants, gaullistes, socialistes, communistes, maquisards, simples citoyens de toutes convictions, de France ou d’ailleurs, qui, à la suite du Général de Gaulle, ont fait face avec courage et détermination pour permettre la victoire.
La Shoah doit interpeller chacun de nous, par une exigence de réflexion mais aussi d’action. Elle impose de lutter sans faiblesse ni répit contre toutes les formes de racisme.
« Ceux qui ne connaissent pas leur histoire s’exposent à ce qu’elle recommence », écrivait Elie Wiesel, prix Nobel de la paix en 1986. Or, les rescapés des camps ne sont plus là pour témoigner. C’est pourquoi, la connaissance du passé est nécessaire à la construction de notre avenir. Restons vigilants pour traquer les idées, les propos, les signes avant-coureurs de la résurgence de la « bête qui sommeille. »
Isidore Thivrier, notre député-maire ne déclarait-il pas à la veille de périr au camp du Struhtof en Alsace : « la liberté, on en connait le prix lorsqu’on la perd ».
Aujourd’hui, chacun d’entre nous espère ne plus connaître à nouveau une telle abomination. C’est donc à la jeune génération de reprendre le flambeau, d’entretenir cette mémoire et de se battre pour construire un monde plus fraternel, plus humain, où l’ouverture à l'autre et à sa différence est une source de richesse et non de haine et de conflit.
En ce jour, soixante-quinze ans après les premiers convois des déportés juifs, n’oublions pas « ceux dont il ne reste que le nom ».
En ce jour si particulier, le silence et la méditation conviendraient sans nul doute mieux que les paroles. Mais l’homme a besoin de se souvenir avec des mots, pour vaincre la tentation de l’oubli.
Gardons alors toujours à l’esprit que le renoncement aux valeurs de notre République, Liberté, Egalité, Fraternité peut conduire au pire.
Vive la Paix ! Vive la République ! Vive la France !

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mercredi 25 avril 2018

BEREGOVOY : LA MORT D’UN JUSTE

PBEREGOVOY2Le mois de Mai, temps des cerises, des luttes et des conquêtes, des victoires électorales du Front Populaire et de François Mitterrand, a cette année, une toute autre tonalité politique, en la perspective du 25ème anniversaire de la disparition de Pierre Bérégovoy. Il mêle la grandeur et le souvenir. Grandeur d’un destin. Souvenir d’une injustice faite à un homme de bien.

 

Fils d’immigrés urkrainiens installés en France après la Révolution d’Octobre, Pierre Bérégovoy revendiquait ses origines ouvrières, les portant comme une fierté, où le travail, l’honnêteté et la persévérance firent de lui, d’abord un ajusteur technique, titulaire d’un CAP en ce domaine. De cours du soir en examen professionnel, il se forgea une bien belle destinée, de la SNCF à Gaz de France, gravissant une après l’autre, les marches de l’échelle sociale, sans jamais trébucher.

 

De son milieu, étaient nées ses convictions républicaines et politiques. Son engagement dans la Résistance, dans syndicalisme puis au Parti Socialiste sonnaient en écho logique des causes qui furent les siennes, un demi-siècle durant.

 

 

mendesbereFormé à l’école de Pierre Mendès France, il prêta son talent au Parti, avant d’entrer au secrétariat de la Présidence de François Mitterrand, puis d’être nommé Ministre des Affaires Sociales, Ministre de l’Economie des Finances, pour finalement être le Chef du Gouvernement, sous le second septennat. Partisan de l’économie de marché à condition qu’elle assure la redistribution et la justice sociale, Pierre Bérégovoy a voulu inscrire son action, entre “le besoin de concilier les obligations du réel et les aspirations de l’idéal”, restant toujours fidèle à l’enseignement de Jaurès.

 

Stabilisant le franc sans jamais se satisfaire de l’inflation et du chômage, sa mission désintéressée au service de l’intérêt général des Français était d’abord d’assurer un un plus juste équilibre entre eux. Sans se départir de ses obligations gouvernementales,  il agissait d’abord pour le peuple des travailleurs, des ouvriers. C’est-à-dire, pour celles et ceux qui n’eurent accès à l’Histoire de notre pays que par de brèves périodes, tout en ayant contribué aux conquêtes sociales, dans la sueur et dans le sang.

 

 

gvtPBeregovoyArrivé à Matignon dans un contexte économique difficile, il engagea de nombreuses mesures sociales : loi contre la pauvreté et l'exclusion sociale et professionnelle, accès à une fourniture minimum d'eau et d'énergie, aide médicale. Il fit également voter une loi sur l'élimination des déchets et la protection de l'environnement.

 

Voyant le monde changer de dimension tout en appelant à une solidarité entre les pays, Pierre Bérégovoy aimait à penser que l’Europe devait se construire par “un patriotisme de mouvement et d’ouverture, sans se réfugier dans le passé”. Il voulait susciter “un espace à la dimension du monde nouveau”. Cet espace, ce fut et c’est encore l’Union européenne.

 

Elu maire de Nevers en 1983, puis député, la ville de la Nièvre lui doit notamment l’implantation du circuit de Magny-Cours et l’Institut Supérieur de l'Automobile et des Transports, pour ne citer que les réalisations fixées dans la mémoire collective.

 

Alors qu’il avait fait de sa priorité, la lutte contre la corruption, il est violemment mis en accusation pour un prêt sans intérêts, à la force d’ une campagne acharnée d’une partie des médias et de ceux qui en pareille circonstance, hurlent avec la meute. Il en souffrira comme on souffre d’une injustice que l’on ne peut vaincre.

 

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Après une campagne difficile, les élections législatives de mars 1993 ne firent pas mentir les pronostic. L'ampleur de la défaite socialiste demeurait importante. Sur les 577 sièges de l'Assemblée, la majorité présidentielle n'en conservait que 67 et le PC 24, la nouvelle majorité s’installait de manière écrasante avec 485 sièges (207 pour l'UDF, 242 pour le RPR et 36 pour les divers droite).

 

Pierre Bérégovoy, acculé par les accusations publiques qui accablaient sans répit sa probité personnelle, encaissa un second choc dont il se jugea responsable, nonobstant sa réélection comme député de la Nièvre. 3 millions de chômeurs, une montée de l'exclusion sociale, une conjoncture morose, l'usure de la gauche au pouvoir...vinrent l’enfermer en lui-même, comme muré dans ses propres reproches. Ignoré politiquement par une partie des siens, certains lui reprochent même leur propre déroute électorale.

 

Parce qu’il y a “des mots, des caricatures, des images qui ont la puissance des balles”, le 1er mai 1993, en fin d’après-midi, Pierre Bérégovoy cheminait sur les bords du canal de Sermoise-sur-Loire, “à ne plus pouvoir se plaindre, à ne plus pouvoir crier”. Plutôt que de subir l’affront du doute, la salissure dont on accablait un homme d’Etat capable et un citoyen honnête, il marcha au bout de sa vie.

 

PBEREGOVOY«Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme et finalement sa vie, au prix d’un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d’entre nous», déclara le président François Mitterrand lors de ses obsèques, le 4 mai 1993 à Nevers.

 

25 ans ont passé. Les frondaisons, la lumière du printemps triomphant et le reflet vert bleuté du canal rappellent, par une stèle de granit rose,  qu’« ici le 1er mai 1993, un Juste a retrouvé la Paix, dans la nuit de ce monde, le Juste brillera ». Puissions-nous entendre ce message et le méditer.

C.D.

 

Reproduction du texte interdite, sans autorisation, même partiellement.

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lundi 23 avril 2018

Asile & Immigration : réaction d'Olivier FAURE

21640924_1579593328766582_2287937999454164698_oOlivier FAURE, Premier secrétaire du Parti Socialiste vient de réagir suite au vote de la loi "Asile et Immigration".

Le titre du projet de loi « pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile le effectif et une intégration réussie » présentait l’ambition d’un équilibre qu’il n’a jamais eu, ni trouvé dans le débat parlementaire.

Pour la première fois, sur un projet de loi ayant pour objet l’immigration, un gouvernement obtient sur certains articles la neutralité ou le soutien de l’extrême droite.

Le projet revient ainsi sur les conditions d’accès au droit d’asile, le droit au juge, le respect des droits de la défense. Il contrevient aux droits de l’enfant en doublant la durée de leur présence dans les centres de rétention administrative (CRA) dont ils devraient être exclus.

Contraires aux convictions de très nombreux parlementaires, y compris dans les rangs de la majorité, le Gouvernement a eu pour unique obsession le verrouillage de sa propre majorité. Maniant la carotte et le bâton, l’exécutif a fini par céder sur le délit de solidarité pour mieux menacer d’exclusion ceux qui s’opposeraient au texte.

Ce texte, loin de répondre aux situations humaines des réfugiés, ne répond pas d’avantage à l’exigence de régulation du système d’asile. Il se limite à donner des gages à une opinion publique inquiète parce que livrée aux préjugés et sans repères.

C’est en réalité la politique européenne de l’asile qui est à revoir. Ce sont aujourd’hui les accords de Dublin et du Touquet  qu’il faut remettre à plat pour leur substituer un véritable droit d’asile européen qui oriente avec intelligence et humanité les réfugiés sur les territoires où leur intégration est la plus plausible.

C’est ce projet là que les Socialistes continueront de porter en France comme à l’échelon européen.

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"13h15 le dimanche" : Danielle et François, ensemble malgré tout

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Dans le cadre de sa série documentaire "Alliance(s), couples de pouvoir", le magazine "13h15 le dimanche"  s'intéresse à celui formé par François et Danielle Mitterrand. Ce documentaire a été diffusé ce dimanche 22 avril.

Ils ont tous les deux passé quatorze ans à l'Elysée. Jamais un couple n’était resté si longtemps au sommet de l'Etat, après toute une vie passée à conquérir puis à exercer le pouvoir, chacun à sa manière.

Retour sur un destin fascinant et romanesque qui aura marqué durablement l’histoire de la Ve République.

Pour revoir le replay, cliquez sur le video ci-dessous :

 

"13h15 le dimanche". Danielle et François, ensemble malgré tout

Dans le cadre de sa série documentaire "Alliance(s), couples de pouvoir", le magazine "13h15 le dimanche" s'intéresse à celui formé par François et Danielle Mitterrand. Retour sur un destin fascinant et romanesque qui aura marqué durablement l'histoire de la Ve République.

https://www.francetvinfo.fr

 

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samedi 21 avril 2018

Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation

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Comme chaque année ce dernier Dimanche d’avril est consacré à la journée du souvenir des Victimes et Héros de la Déportation. Cet hommage sera rendu dimanche 29 avril à 11h, au monuments aux morts de Commentry. Il rappelle la tragédie des camps de concentration nazis et le courage de ceux qui ont lutté pour la sauvegarde de la dignité humaine.

Cette célébration n’est pas uniquement tournée vers l’histoire ou le passé, mais bien vers notre présent et notre avenir. Le message que nous délivrons, c’est celui d’un combat acharné contre les formes actuelles de résurgence d’idéologies dangereuses.

Face à la montée du nationalisme, de la xénophobie, du racisme et de l’antisémitisme, au déchaînement de fanatismes politiques ou religieux et à la fréquente remise en cause des principes du droit et de la démocratie, le message des déportés est toujours d’actualité.

Les conflits qui déchirent plusieurs parties du monde, les millions de femmes, d’hommes et d’enfants en exode forcé, le terrorisme international, la tentation du repli face à l’indispensable solidarité, requièrent une action commune contre ces dangers qui menacent notre avenir. Nous devons donner son plein sens à la devise de la République : Liberté – Égalité – Fraternité.

Nous devons réaffirmer ce que l’Europe nous apporte : la paix et sur quoi elle est fondée : l’unité dans la diversité. Puissions nous saisir ces enjeux et les traduire en acte pour affermir notre volonté de vivre ensemble, dans la paix, la tolérance et le respect, autour des valeurs de démocratie et d’amitié entre les peuples.

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jeudi 19 avril 2018

Syrie : un bombardement, et après ?

 TRIBUNE DE PAUL QUILES, Ancien Ministre

Syrie : un bombardement, et après ?

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Les explications du Président de la République et du Ministre des affaires étrangères concernant les bombardements effectués en Syrie par les forces américaines, françaises et britanniques sont insuffisantes et contradictoires.

 

On nous dit que la « ligne rouge » a été franchie par le régime de Bachar el Assad, sans que l’on sache qui est habilité à la fixer, en l’absence d’accord au Conseil de sécurité de l’ONU. De quel droit un ou plusieurs pays peuvent se substituer aux organisations internationales compétentes pour apprécier et juger ces crimes de masse ? Qui est habilité à définir la sanction et à « punir » ?

 

Comment peut-on dire que l’intervention est « légitime » en invoquant le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies alors que celui-ci prévoit[1] que la décision d’intervenir militairement est le fait du Conseil de sécurité et pas de tel ou tel Etat qui s’érige en justicier international ?

 

Quant à la référence qu’a faite le ministre des Affaires étrangères à la résolution 2118 du Conseil de sécurité ayant pour objet l'utilisation d'armes chimiques en Syrie, adoptée à l'unanimité le 27 septembre 2013, elle n’est pas complète. Ici aussi, il est bien précisé que c’est le Conseil de sécurité qui prend la décision d’intervenir militairement en cas d’emploi d’armes chimiques.

 

      L’emploi de la force en dehors des dispositions de la Charte des Nations Unies comporte de graves risques. Malgré ses grandes insuffisances, l’ONU reste une instance indispensable pour le règlement de la plupart des conflits dans le monde. Pour éviter les blocages comme celui qui vient encore de se produire, il faudrait que soit reprise la proposition faite au secrétaire général de l’ONU le 2 décembre 2004, qui recommandait que le droit de veto ne soit pas utilisé au Conseil de sécurité « en cas de génocide ou de violation massive des droits de l’Homme ». La France se devrait de proposer à nouveau[2] cette remise en cause du privilège dont dispose le « club des cinq » depuis 1945, privilège aujourd’hui abusif alors que notre monde ne ressemble plus, par bien des aspects, à celui de la fin de la seconde guerre mondiale.

 

       Par ailleurs, comment peut-on affirmer que « l’opération est réussie sur le plan militaire » sans donner de précisions sur l’efficacité des frappes réalisées par les 105 missiles (85 américains, 12 français[3], 8 britanniques), dont 76 tirés sur le seul Centre de recherche et de développement de Barzeh. La Russie, pourtant traitée de « complice » des utilisateurs de l’armement chimique, avait été informée des frappes et, très probablement, les responsables russes ont prévenu les Syriens….qui ont pu déménager une partie de leurs stocks.

 

      Comment se fait-il que les grandes puissances n’aient pas accordé plus d’importance à la bonne application de la « Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l’emploi des armes chimiques et sur leur destruction », que la Syrie a fini par ratifier en 2013 ? On aimerait savoir pourquoi les responsables qui s’indignent aujourd’hui ne se sont pas plus mobilisés à la lecture des rapports publiés par l’OIAC (Organisation pour l'Interdiction des Armes Chimiques) depuis 2014 sur les stocks d’armement chimique encore présents en Syrie et sur leur utilisation.

 

      Il ne suffit pas de s’indigner, de façon un peu hypocrite, face aux terribles effets  des « armes inhumaines » et de plaider pour la destruction des « armes de destruction massive » (biologiques, chimiques, nucléaires). Il faut aussi regarder en face certaines réalités :

 

- la Convention d’Ottawa (1999) interdisait les mines antipersonnel. Une trentaine de pays – notamment producteurs !- sont demeurés hors de la Convention (dont USA, Russie, Chine, Inde, Iran…)

- la Convention d’Oslo (2010) interdisant les armes à sous-munitions. Elle n’a pas été signée par les USA, la Russie, la Chine, Israël, l’Inde, le Pakistan.

- le protocole de Genève (1925) interdisait déjà l’utilisation des armes biologiques et chimiques et des gaz asphyxiants. Les USA ne l’ont ratifié qu’en 1975 !

- la Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l’emploi des armes chimiques et sur leur destruction a été signée à Paris le 14 janvier 1993. Le traité est entré en vigueur le 29 avril 1997. Il a été ratifié par 192 Etats. Ne l’ont pas ratifié notamment: l’Egypte, la Corée du Nord, Israël. Tous les stocks déclarés n’ont pas encore été détruits (USA, Irak).

- concernant l’attitude des grands Etats à l’égard des « armes inhumaines », il ne faut pas oublier le massacre d’Halabja (16-19 mars 1988). Cette ville kurde a été soumise à une « attaque punitive » de Saddam Hussein avec des armes chimiques. Le bombardement a fait près de 5000 morts et entre 7000 et 10 000 blessés. Il entrait dans le cadre de l’opération « Anfal » menée par le régime irakien et qui s’est traduite par la destruction de 2000 villages et de 12 villes, entraînant la mort de 200 000 Kurdes. Les Irakiens ont également utilisé à de nombreuses reprises des armes chimiques contre les forces iraniennes, au moins à partir de 1983. A cette époque, les Occidentaux soutenaient l’Irak dans sa guerre contre l’Iran. Les USA ont attendu la fin 1990, après l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, pour attribuer le massacre d’Halabja à l’Irak….et pas à l’Iran !

 

     Quant au traité d’interdiction des armes nucléaires, rédigé par une majorité d’Etats de l’ONU qui est en cours de signature au niveau international, il est l’objet d’un silence pudique et hypocrite de la part des grands Etats qui se présentent comme les garants de la paix et du droit international. Il va bien falloir pourtant s’intéresser de près à cette terrible « arme de destruction massive », tout aussi « inhumaine » que l’arme chimique et susceptible de massacrer des millions de « civils innocents », pour reprendre la terminologie largement utilisée ces derniers jours.

 

     Quelles seront les conséquences du bombardement qui vient d’être infligé par 3 pays occidentaux à la Syrie ? L’enquête de l’OIAC dira si les stocks d’armement chimique syriens ont-ils été totalement détruits. Quant au régime de Bachar el Assad, il n’est pas sûr qu’il soit affaibli et qu’il ne conservera pas le soutien actif de la Russie.

 

     De nombreuses questions se posent dans ce Moyen Orient devenu de plus en plus dangereux pour la paix mondiale, avec la constitution de blocs antagonistes de plus en plus enclins à préférer les solutions militaires à la diplomatie. L’heure semble pourtant à présent venue de reprendre le dialogue avec toutes les parties pour parvenir à un cessez-le-feu général et à un règlement durable du conflit syrien sur la base des principes[4] adoptés à l’unanimité par le Conseil de sécurité en 2015.

 

[1] Voici les 3 articles du Chapitre VII qui définissent les conditions dans lesquelles peuvent être menées des « actions en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’actes d’agressions » :

Article 39 : Le Conseil de sécurité constate l'existence d'une menace contre la paix, d'une rupture de la paix ou d'un acte d'agression et fait des recommandations ou décide quelles mesures seront prises conformément aux Articles 41 et 42 pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales.

Article 41 : Le Conseil de sécurité peut décider quelles mesures n'impliquant pas l'emploi de la force armée doivent être prises pour donner effet à ses décisions, et peut inviter les Membres des Nations Unies à appliquer ces mesures. Celles-ci peuvent comprendre l'interruption complète ou partielle des relations économiques et des communications ferroviaires, maritimes, aériennes, postales, télégraphiques, radioélectriques et des autres moyens de communication, ainsi que la rupture des relations diplomatiques.

Article 42 : Si le Conseil de sécurité estime que les mesures prévues à l'Article 41 seraient inadéquates ou qu'elles se sont révélées telles, il peut entreprendre, au moyen de forces aériennes, navales ou terrestres, toute action qu'il juge nécessaire au maintien ou au rétablissement de la paix et de la sécurité internationales. Cette action peut comprendre des démonstrations, des mesures de blocus et d'autres opérations exécutées par des forces aériennes, navales ou terrestres de Membres des Nations Unies.

 

[2] Suggestion faite par François Hollande à la tribune des Nations Unies.

 

[3] La frégate LANGUEDOC a lancé 3 missiles navals mer-sol SCALP EG à partir de la Méditerranée. Les 5 Rafale and les 4 Mirage ont lancé 9 missiles de croisière air-sol Storm Shadow/SCALP EG.

 

[4] Processus politique dirigé par les Syriens et facilité par l’ONU en vue de mettre en place « une gouvernance crédible, inclusive et non sectaire », d’adopter une nouvelle constitution et d’organiser des élections « libres et régulières » sous la supervision de l’ONU (résolution 2254)

Posté par secret ps ctry à 20:00 - Permalien [#]