lundi 16 avril 2018

Commentry : De Saint-Front au Sacré-Coeur

EgliseliberteegalitefraterniteNous étions hier au Vieux-Bourg de Commentry, par la même occasion, nous évoquions les coutumes de la population et l'histoire de notre ville où tout commença avant que la grande révolution industrielle ne modifia le cours de son existence.

Pourquoi trouvons nous deux églises à Commentry ? Nous l'avons vu, Saint-Front était trop petite au Vieux-Bourg et une nouvelle ville allait naître. Avec elle, un nouvel édifice religieux.

Ainsi allait être construite en 1851, dans un style néo-classique, la première église de France, consacrée au Sacré-Cœur, dont  le plan primitif avait été tracé en 1846 par M.ESMONOT. Mais c’est en fait Gilbert DECHAUD qui l’adjudicataire retenu pour lancer les travaux d’élévation.

« Le 30 novembre 1852, le Conseil municipal de Commentry adressait une supplique à l’Evêque de Moulins dans le but d’obtenir du gouvernement des crédits supplémentaires pour achever l’édifice dont le devis s’élevait à plus de 100.000 francs. L’Empereur avait ajouté un don de 300 francs sur sa cassette privée, suivant lettre du 25 mai 1853. A l’occasion de la poste de la première pierre, il y eut procession et grand faite sous la présidence de l’Evêque de Moulins, avec l’assistance de la Garde Nationale. Le devis du presbytère fut arrêté en même temps à la somme de 8530 fr.95. »

Au total, les travaux durèrent 2 ans. A l’origine, le nouvel édifice devait s’orner d’un clocher, avec flèche de trente mètres. On le remplaça finalement par un dôme et un campanile en façade, pour faire office de clocher. A son extrémité, trois cloches offertes par les familles Mony, Rambourg et Virloy ; chacune d’elles portent le nom et la qualité de leurs "parrains" et "marraines", gravés dans le bronze. Elles sont aujourd'hui automatisées. D'après d'anciens commentryens, "le glas existe toujours, approprié aux dangers ou pour marquer un évènement grave dans la vie de notre petite patrie locale".

Le 21 aout 1853, Monseigneur de Dreux-Brézé, Evêque de Moulins devait l’inaugurer. Devenue propriété de la Ville de Commentry, au moment de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat en 1905, il figurerait longtemps sur la façade de l’église, la devise de la République « Liberté, Egalité, Fraternité », en signe de l’importante sécularisation du culte catholique dans la cité ouvrière et socialiste.


Des airs de Sainte-Marie-Majeure…


Contrairement aux églises romanes de nos villages, celle de Commentry voit son coeur orientée vers l’ouest. Conçu dans un style moderne, suivant un plan rectangulaire, le Sacré-Cœur a été bâti selon un plan rectangulaire, partagé en trois vaisseaux. Ses piliers carrés, soutenant un plafond à caissons d’une hauteur de 15 mètres, sont inspirés des églises romaines.

Émile MÂLE, en livre une analyse architecturale, historique et scientifique, dans les Annales Bourbonnaises :

 

Sans titre 7« Il n’y a point de monuments à Commentry. La fontaine surmontée d’une statue en fonte de Saint-Eloi, qu’on repeint avec bonhomie, n’a pas tant de prétentions. Quant à l’église, elle date de quarante ans à peine, mais elle n’est pourtant pas, quoi qu’on en dise,  insignifiante.

Elle a la simplicité des plus anciennes basiliques de Rome et elle fait penser à Saint-Marie-Majeure ou à Saint-Laurent-hors-les-Murs. Il y manque, je le sais, les belles colonnes antiques prises aux temples des dieux, il y manque les mosaïques, les fresques, les ambons incrustés par les Cosmas, il y manque presque tout : mais qu’importe ? Puisque telle qu’elle est, elle nous fait songer au christianisme primitif.

L’architecte de l’église de Commentry fut un homme de goût. Il n’a voulu faire ni une église romane, qui convient à l’antique sauvagerie des bourgs rustiques, ni une église gothique dont la magnificence ne convient qu’aux grandes villes ; - il a fait une basilique des temps les plus primitifs, qui seule pouvait, par sa parfaite modestie et par les souvenirs qu’elle éveille, ne point choquer dans un tel endroit.

 

Il fallait, parmi tous ces ouvriers, que le christianisme se souvînt de ses origines ; et cette église, pareille à celles où les mineures des catacombes et les esclaves des carrières, se donnaient le baiser de paix, il y a quinze cents ans, est touchante ici. Faut-il ajouter que ses cloches ont un son pur et amical et que cette église, d’une beauté médiocre, ressemble à ces personnes laides qui séduisent par une voix harmonieuse. »

Posté par secret ps ctry à 06:00 - Permalien [#]
Tags : , ,

dimanche 15 avril 2018

Petite histoire du Vieux-Bourg de Commentry

 

eglise vieux bourg img153Les travaux d'aménagement du Vieux-Bourg de Commentry et de sa petit place, sont l'occasion de revenir aux sources de notre ville. C'est-à-dire, à ses origines. 

"Jusqu’à l’époque de la Révolution Industrielle et avant que la charbon ne servit à produire le cheval-vapeur et que sa conjonction avec le minerai de fer n'ouvrit la voie à la sidérurgie, Commentry était une petite commune rurale, ignorée dans son pays Bourbonnais même." expliquait Georges Rougeron, Sénateur-Maire de la citée des forgerons.

Sa population et les activités agraires qui en découlaient, se concentraient autour ce que l’on appelle aujourd’hui le Vieux Bourg et de son édifice principal qu’était l’église, dédiée à Saint-Front, saint itinérant d’origine périgourdine, qui aurait emprunté la vieille voie venant d’Evaux. Selon la légende, il aurait à cette occasion, fait jaillir une fontaine, disparue depuis et censée soulager des maux de tête.

Dans les Annales Bourbonnaises, Émile MÂLE, Académicien, spécialiste de l’art chrétien médiéval, qui a légué de nombreuses monographies sur les églises et cathédrales de France, fait une description tout à la fois poétique et sociologique de Saint-Front et son bourg :

« Un autre endroit qu’il convient de ne pas oublier, c’est le vieux Commentry, qui se trouve à quelque distance de la ville nouvelle et qu’on appelle le Petit-Bourg.

Son église fut longtemps l’unique église de Commentry et l’on se souvient encore des temps héroïques, où on allait à la messe au Petit-Bourg, en passant la rivière sur une planche branlante. Cette église est ancienne et pieusement tournée vers l’Occident, comme le veut la liturgie, mais elle n’a d’intérêt véritable que pour les fils de ce vieux sol, qui savent que leurs plus lointains ancêtres reposent auprès d’elle. La place qui précède l’église est encore ombragée de quelques grands arbres.

Quels beaux branles ont été dansés là à travers les âges et quelles belles bourrées y jouèrent les anciens cornemuseux de notre pays qui firent, comme l’a si bien prouvé George SAND, de si fiers musiciens.

On dansait là, « sous l’arbre », comme dit la chanson, tout près des vieux morts qui ne s’en fâchaient point.
Quels magnifiques horizons furent encore échangés sur cette place, entre les gars de Commentry et ceux de Durdat ou de Malicorne, qui, les jours d’apports, ne manquaient jamais de provoquer noblement, tantôt une fille, comme les héros d’Homère, et tantôt pour le plaisir, comme ces rudes paysans chevelus, qui portaient des tresses par devant à la mode celtique.

C’est sur cette place encore que le curé, le jour de la fête patronale, vendait aux enchères la statue du saint. On l’adjugeait au plus offrant, qui s’acquérait ainsi un grand renom de magnificence dans les paroisses. Il emportait chez lui pendant quelques heures le bon vieux saint de bois peint, pour qu’un tel hôte portait bonheur à toute la maison. »

St FrontMais revenons-en à l’église. De style roman, ce lieu de culte, élevé et confirmé en 1152 par Eugène III, appartenait alors au Monastère de Souvigny, avant de dépendre du prieur de Colombier. Extrêmement remaniée, transformée au XVIII ème siècle, il ne subsiste actuellement plus rien de son état primitif, autrement que l’abside à chevet plat, couverte d’un berceau brisé. Elle est malheureusement fermée.

Au XIXème siècle, Commentry se créait de toute pièce, grandissant à la manière des villes américaines, au temps pionniers, afin de satisfaire aux impératifs nouveaux pour elle, de sa vocation industrielle. Si bien que son essor devait la propulser au rang de la troisième ville la plus importante de l’Allier, par sa population croissante notamment. de 498 habitants en 1800, il fallait en compter 12978 en 1876.

Ce nouveau statut agglomération urbaine ne permit plus à l’église Saint-Front et au Clergé d’assurer dans de bonnes conditions, l’exercice du culte catholique. Sa capacité, rapidement jugée insuffisante, conduisait les pratiquants à se tenir sur les parvis pour suivre la messe, sans pouvoir l’entendre convenablement. Aussi, les autorités ecclésiastiques décidèrent t-elles d’en construire une autre, au coeur de la nouvelle cité.

A suivre

Posté par secret ps ctry à 13:34 - Permalien [#]
Tags : , ,